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Depuis juin dernier, les membres de notre site participent à l’élaboration du premier roman collectif de “Ecrivons un livre”. Lecteurs, auteurs et sélectionneurs se sont réunis via notre site afin d’établir les grandes lignes de notre histoire. La semaine dernière nous avons reçu les premiers manuscrits qui ont ensuite été dispatchés auprès de nos sélectionneurs et voici donc, sous vos yeux ébahis, les premières lignes du roman “Une aventure de Louise d’Escogriffe”...
Vous aussi pouvez participer à l'écriture du roman, il vous suffit de vous inscrire sur le site et vous pourrez être lecteur et commenter les textes. Ou bien vous pouvez également participer en tant que sélectionneur des manuscrits ou auteur. Vous n'êtes pas obligé de participer chaque semaine mais seulement celles où vous vous déclarez disponible.
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Une aventure de Louise d'Escogriffe

Chapitre 1

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« Edouard, vous prendrez bien un peu de lait ! »
Un gros chat noir et blanc s’approcha alors tranquillement. Hortense Louvier vouvoyait son chat. Elle lui avait donné le nom de son ancien patron, Edouard de Carmezac, un homme hautain, tatillon et maniaque et même si Madame de Carmezac était douce, patiente et adorable, Hortense avait quitté son emploi au bout de deux ans, quand son patron lui fit une recommandation de plus :
«Hortense, vous veillerez à bien essuyer le fond des verres… ».
Ce jour-là, elle lui avait bien dit le fond de sa pensée et elle avait rendu son tablier. Elle avait donc quitté sa chambre de bonne sous les toits pour atterrir au rez-de-chaussée de l’immeuble du 18, rue Croix des petits champs, dans cette loge de concierge. Ce travail lui convenait mieux. La loge se composait d’une grande pièce avec une fenêtre donnant sur la rue, plus une chambre attenante.
Aussi quand sa cousine Louise arriva de sa province pour venir à Paris, après bien des malheurs, il fut facile de l’accueillir : elle installa son lit derrière un rideau dans la vaste pièce et donna sa chambre à Louise. Bien que les deux cousines se connaissaient peu, après un mois, elles s’appréciaient de plus en plus et devinrent de vraies amies.
Toc, toc, toc ! On frappa au carreau de la porte vitrée. C’était l’heure du courrier sûrement et Hortense alla ouvrir la porte. En effet, le facteur lui confia un gros paquet de lettres :
«Je ne m’attarde pas Hortense, aujourd’hui je ne suis pas en avance ! » et il repartit.
Edouard suivit sa patronne dans l’entrée de l’immeuble. Le couloir au carrelage gris et blanc menait au bel escalier, bien ciré, puis le contournait pour accéder à la petite porte de la cour, que l’on devinait tout au fond. Sur le mur face à la loge, dans toutes les boîtes aux lettres, Hortense distribua le courrier. Celui de Monsieur Beaulieu-Dambrin qui occupait tout le premier étage avec sa femme et son fils, ensuite les lettres des appartements des étages suivants, deux par palier. Puis, pour tous les gens de maison de ces logements, il y avait les huit chambres de bonnes du sixième étage. Hortense connaissait bien les huit demoiselles qui passaient souvent pour prendre directement leur courrier à la loge et en profitaient pour discuter un moment.
Quand elle eut fini, Edouard se glissa de nouveau avec elle dans la loge, sauta un peu lourdement sur le tabouret et s’installa dans la chaleur du poêle. Hortense y remit un peu de bois, prit la cafetière qui y sommeillait en permanence et versa un peu de café dans son bol. Elle entendit alors s’ouvrir la lourde porte de l’immeuble et reconnut la voix de Louise :
«J’y penserai Madame Dubreuil, j’y penserai ».
Trois coups frappés et Louise entra, chargée de sacs et de paquets, les joues encore rosies par le petit vent frais d’avril. Elle déposa ses courses sur la table, au centre de la pièce et se laissa tomber dans le fauteuil, près de la fenêtre.
«J’ai pris un gros pain d’une livre et j’ai pensé au sucre !
- Bien et à la Gazette aussi ! » dit Hortense en tirant le bout du journal qui dépassait du grand sac de toile.
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«Demandez la Gazette ! Découvrez le bilan des inondations ! Demandez la Gazette ! »
Lucien avait du mal à se réchauffer ce matin. Il serrait sa pile de journaux contre lui et tapait ses bottines l’une contre l’autre. Comme tous les matins vers neuf heures, il était devant la Samaritaine où les clients allaient et venaient.
Il commençait toujours vers huit heures par se poster près du métro Palais-Royal où dans le flot des voyageurs, il trouvait ses premiers acheteurs, puis remontait la rue à son poste de neuf heures. Plus tard, il irait vers la Place du Châtelet où les clients des restaurants lui achèteraient le journal. Ensuite, il aurait droit à sa pause. Il n’avait pas eu le temps de manger grand-chose ce matin et le repas lui paraissait encore bien loin.
«Donnes moi la Gazette, s’il te plait mon garçon.
- Vingt cinq centimes, merci M’sieur ! »
Lucien avait en bandoulière un petit sac de toile où toutes les pièces de la journée tintaient quand il rentrait après sa tournée. Pour l’heure, il lui restait une vingtaine d’exemplaires à vendre. Il ajusta son écharpe et reprit son refrain : « - Demandez la Gazette de France ! »

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Un petit mot de l'auteur

Merci beaucoup ! Je suis ravie que mon texte ait été retenu ! J'ai bien lu toutes les remarques constructives et j'essaierai d'en tenir compte. Je suis vraiment contente, j'ai laissé pas mal de portes ouvertes pour qu'il y ait plusieurs pistes à exploiter pour la suite. Je voudrais faire passer l'information aussi, que j'ai utilisé le calendrier de 1910 facilement accessible sur internet, donc le 21 avril était bien un jeudi, mais surtout que les noms de rues correspondent réellement au 1er arrondissement de Paris (Lulu habite au bord du 8ème rue des Mathurins.) Je trouve qu'utiliser la réalité est source d'idées et en tant que lectrice j'aime bien pouvoir suivre et retracer les parcours ou les voyages des personnages.

 

Je souhaite de belles aventures à Louise et que tout le monde prenne plaisir à les raconter.